Le Mascaret, une vague au milieu du vin

 Le mascaret est une vague unique et remplie de magie. Surfer une vague de rivières, vous y croyez ? J’ai évoqué à plusieurs reprises dans mes blogs la beauté de notre région et certains de ses trésors. Des secrets, des histoires féeriques, des moments parfaits, notre planète nous gâte à chaque instant, gratuitement pour notre simple bonheur. Elle nous fait don de sa magie.  Alors, j’aimerai vous raconter l’histoire d’une vague d’eau douce argileuse et dorée déferlant dans les grands crus classés de Bordeaux.

 C’est assez fou comme contexte car tout est tellement différent de l’océan et de SeignossePas d’école de surf, ni de dune, encore moins de pins et d’eau salée. Juste des fleuves avec leurs rives boueuses, façonnées délicatement au rythme des marées et des courants. L’onde commence son périple au niveau de l’ estuaire de la gironde, immense, si large, historique et surveillé par le phare de Cordouan. Les activités humaines le long des berges ne pourront rien changer, il résiste et toujours présent, le Mascaret. 

L’étymologie de ce nom viendrait de plusieurs hypothèses. J’en retiendrai seulement une qui me paraît marrante et sans doute logique. Il serait l’origine du verbe mascarer, synonyme de barbouiller, noircir. Plus commun, le mascara pour le maquillage. Comme un soulèvement d’eau, une ligne blanche, cette onde vient instantanément changer la surface des fleuves au fur et à mesure de son parcours. Et quel chemin! De l’embouchure de la Gironde, elle se divise en 2, remontant d’un côté la Dordogne pour terminer sa course après Libourne, et de l’autre, la Garonne pour disparaître près de Langon. Au total, pas loin de 100 km de voyage pour elle. 

Difficile à dompter

Dans le blog et le chapitre “Comment se forme une vague”, le mascaret ne déroge pas à la règle de la houle à la rencontre d’un obstacle. Et comme dans l’océan, soit il bute un banc de sable, soit le modelage des berges. Il n’est pas visible partout; juste à certains endroits à un moment précis. Comme le train, il ne passe qu’ une seule fois. Un unique passage toutes les 12 heures. Calculez bien votre coup! Le mascaret n’attends pas. C’est l’instant qui annonce la marée haute du fleuve. La quantité d’eau est tellement énorme que le marnage ( différence de débit entre la marée haute et basse), peut atteindre 2 m de hauteur. C’est juste une quantité d’eau monstrueuse.

En tout cas, même s’il paraît simple au take off, vous devez vous renseigner auprès des habitués pour vous orienter et vous positionner. A cela chacun sa stratégie. Pour le rejoindre, vous devez généralement vous jeter à l’eau au niveau des ports fluviaux. Je ne vous en dirai pas plus. Pour le reste, je garderai l’énigme. Question de ne pas se retrouver trop nombreux dessus. A vous de prendre toutes les infos. Cette vague est surprenante, changeante. Vous devez toujours avoir la bonne vitesse et le bon emplacement au fur et à mesure de votre ride. Vous apprendrez à la connaître, adaptez-vous à elle. Et si par malchance vous chutez, vos bras feront le reste pour vous ramenez à bon port.

Une vague de légende

L’ambiance y est très bonne au peak et vous côtoierez les amoureux(ses) de cette vague. Tous des habitués sur un rdv presque addictif. Dans ses plus belles apparitions, cette vague de rivières peut atteindre 1.20 de hauteur sur l’épaule. L’objectif est de rejoindre l’emplacement de votre mise à l’eau. Un ride de plus de 5 min pouvant atteindre 10 min selon le spot. Oui, vraiment une dizaine de minute; Le rêve! 

Un matin de novembre, je l’ai surfé seul à 5h. Un tête à tête avec lui! Un moment mystique, à la recherche du banc de sable grâce à la silhouette des maisons au bord du fleuve, de la nuit claire et étoilée. Un de mes plus beaux souvenirs et très poétique. Le mascaret, il suffit de le surfer 1 fois pour devenir accroc.

A vos planches

Le mascaret, cette vague de rivières surfée par Ludovic Dulou

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